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Le service qualité, c’est fini… du moins tel que nous le connaissons encore trop souvent

28 novembre 2025 par
Le service qualité, c’est fini… du moins tel que nous le connaissons encore trop souvent
Eric Boyes

Pendant des années, les entreprises ont empilé des couches de procédures, de contrôles, de documents et de certifications. Résultat : les services qualité n’ont cessé de grossir… alors même que leur vocation première aurait dû être de disparaître progressivement grâce à la responsabilisation du terrain.

C’est un paradoxe, et surtout un signal faible devenu criant :

si j’ai besoin d’un service qualité entier pour garantir la qualité, c’est que mon système ne fonctionne pas.

La qualité appartient (et a toujours appartenu) à la production

Il suffit d’ouvrir n’importe quelle fiche métier pour s’en convaincre :

opérateur, chef d’équipe, responsable de production, directeur industriel… tous sont “garants de la qualité”.

Et pourtant, dans la vraie vie, combien de produits non conformes traversent toute l’entreprise avant d’arriver chez le client ?

Trop. Bien trop.

Pourquoi ?

Parce que la responsabilité réelle de la qualité s’est progressivement déportée vers un service dédié, au lieu d’être intégrée dans les pratiques quotidiennes du terrain.

On a donné des petites roues au vélo… et on a arrêté d’apprendre à pédaler.

Comment en est-on arrivé là ?

L’histoire explique beaucoup de choses.

1. Après les Trente Glorieuses : la productivité à tout prix

Crise pétrolière, baisse du pouvoir d’achat, course aux coûts. Les entreprises ont sabré les temps de formation, réduit les moyens, robotisé, externalisé…

Résultat :

moins de savoir-faire terrain, moins de maîtrise, et une dépendance croissante aux contrôleurs pour “rattraper” la qualité perdue.

2. Les années 80–90 : la dénaturation du Lean

Le Lean Toyota a été importé en version “cost killing” par certains cabinets de conseil.

On a supprimé les temps morts sans comprendre les causes, et surtout :

on a enlevé aux opérateurs leur capacité à réfléchir, à décider, à améliorer.

Pour compenser ?

Un système qualité massif, basé sur des audits, des procédures, des check-lists.

La norme ISO 9001 est arrivée pour mettre en ordre… mais aussi pour donner l’illusion que le contrôle pouvait remplacer la compétence.

3. Aujourd’hui : trop de contrôle, pas assez de maîtrise

Il est devenu normal d’avoir :

• 30 opérateurs,

• 6 personnes en qualité,

• et… toujours des réclamations clients.

Avec des contrôles réalisés parfois très loin du terrain, dans des salles, sur des documents… sans observation des 3 Réels (le vrai produit, le vrai collaborateur, le vrai moyen).

On vérifie la conformité du papier, pas celle du process.

Le vrai rôle du service qualité (et pourquoi son avenir n’est pas de disparaître, mais de muter)

Un service qualité moderne doit sortir du rôle de police pour devenir un service support au service des équipes terrain.

Son rôle réel :

• Aider à détecter les défauts dès leur apparition

Pas à la fin, pas après coup, pas dans un bureau.

Dès le début, avec les opérateurs.

• Former et accompagner

Des formateurs internes compétents, reconnus, capables de transmettre et d’apprendre à apprendre.

• Comprendre les processus

Pas seulement contrôler leur sortie, mais analyser, questionner, améliorer.

• Rendre les équipes autonomes

La qualité doit redevenir l’affaire de chacun, pas un compartiment isolé qui “corrige” après coup.

Autrement dit :

Le service qualité doit devenir un coach opérationnel, pas un contrôleur.

L’autocontrôle ? Une idée largement mal comprise

Ce que beaucoup appellent “autocontrôle” (c’est-à-dire : l’opérateur vérifie lui-même son travail) n’existe pas dans le Toyota Production System.

C’est une erreur de traduction.

Le terme japonais fait référence à l'autonomation, c’est-à-dire la capacité d’un processus à détecter et alerter automatiquement en cas de dérive (mesure automatique, capteurs, détrompeurs, etc.).

Dans 99 % des entreprises aujourd’hui, ce n’est pas ce qui se passe :

on demande simplement à l’opérateur de se contrôler lui-même “en plus de tout le reste”.

Inefficace. Et dangereux.

Dans les entreprises les plus matures, la fonction qualité est… minuscule

Chez Toyota, Pasquier ou d’autres organisations très avancées :

pas de direction qualité tentaculaire.

La qualité est portée au plus haut niveau de l’entreprise et incarnée par un dirigeant.

Le terrain possède les compétences, la vision et les moyens de bien faire.

Et les équipes qualité ?

Elles forment.

Elles coachent.

Elles accompagnent.

Elles rendent autonome.

Et ça marche.

Vers un nouveau paradigme : la qualité comme vecteur d’autonomie et de sens

Imaginer un système où :

• les équipes comprennent ce que signifie “bon du premier coup”,

• les standards sont clairs, visuels, tenus,

• les problèmes sont détectés immédiatement,

• les opérateurs sont fiers de leur maîtrise,

• les managers animent quotidiennement la performance,

• le service qualité soutient au lieu de sanctionner.

Ce n’est pas une utopie.

C’est ce que nous construisons tous les jours dans les entreprises industrielles.

Et les gains ?

Mesurables, rapides, humains.

Engagement, maîtrise, stabilité, qualité perçue, satisfaction client.

Et maintenant, on fait quoi ?

On arrête de penser que “plus de qualité” = “plus de contrôles”.

On recrée un système où la qualité :

• se voit,

• s’apprend,

• se tient,

• s’améliore.

Et surtout :

elle appartient à ceux qui créent la valeur.

Si cette vision résonne avec ce que vous vivez, si vous sentez que votre service qualité a glissé vers un rôle qui ne sert plus vraiment le terrain, ou si vous avez l’intuition qu’il faut repenser votre organisation…

Parlons-en autour d’un café.

ACT Conseil accompagne les entreprises à remettre la qualité là où elle doit être : au cœur du terrain, au service du sens, de la maîtrise et de la performance durable.

Passez à l’ACTion.

Le service qualité, c’est fini… du moins tel que nous le connaissons encore trop souvent
Eric Boyes 28 novembre 2025
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